Observatoire Théologico-Politique

Tag: autoritarisme

La logique des extrêmes ? Leur rassemblement

by observatoiretheologicopolitique

1. L’ignorance de l’histoire est parfois consternante. En fait, s’il s’agit seulement de dates, ou de simples faits, cela n’a pas d’importance. Ce qui est plus ennuyeux, c’est l’ignorance de certaines logiques que l’histoire a mise à nue.

L’ignorance est dès lors délibérée, consciemment ou inconsciemment. Les conséquences peuvent être graves.

2. Le chef du parti au pouvoir en a donné récemment un bel exemple.

Le “front commun” UMP/FN, j’ai peur que cela soit de la poudre aux yeux. Qu’il se jette à lui-même, et sur les (encore) bien-pensants.

Le front commun qui s’annonce, à plus ou moins long (court) terme, et si l’on n’adopte pas la politique digne qui s’impose (comme mettre en oeuvre un programme relatif aux corporations multinationales, à la finance, à la transparence et à l’évasion fiscale), c’est le seul front commun qui peut logiquement exister : celui de la droite et de la gauche, de l’extrême-droite et de la gauche. C’est la seule peur à avoir. Ce rassemblement imposerait une majorité sans partage, et un changement radical dans la politique d’alternance menée depuis 30 ans.

La médiatisation de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche, suite au décès brutal de Clément Méric, révèle la proximité idéologique, malgré toutes les divergences et les haines, entre les ultras de la gauche et de ceux de la droite. Pas seulement de méthodes (la violence et l’intimidation, la fraternité virile et les slogans, la culture de guérilla urbaine et le “militantisme” de la base) : mais bien d’idéaux, anticapitalistes, anti-systèmes avant tout.

Idéaux tous les jours plus légitimes, que la politique mainstream n’a plus les moyens de soutenir, autrement que par le discours.

Idéaux légitimes, mais toujours menacés par la réaction violente et xénophobe, comme ce qui est en train d’emporter la Grèce, ce raz-de-marée raciste et racialiste après le tsunami financier.

A côté de cela, pour les non-ultras, les modérés, ces captifs des propagandes et des démagogues – bref, la grande majorité – la déception est si forte qu’un déport sur la droite est plus que probable à long terme.

En effet, l’histoire enseigne cette logique de rassemblement dans la haine du système et de la classe politique corrompue : les régimes autoritaires s’appuient toujours sur ces majorités nées de la réaction et du ressentiment.

“Gouvernance insécuritaire” et la ville : le NYPD en procès

by observatoiretheologicopolitique

Le programme “Stop-and-Frisk” du New York Police Department (NYPD), qui a tant choqué en Amérique, fait l’objet d’un procès retentissant devant une cour fédérale : Floyd, et al. v. City of New York, et al.

Sur le site du Center for Constitutional Rights :

http://ccrjustice.org/floyd

Sur le site de Communities United for Police Reform :

http://changethenypd.org/

Sont en cause les pratiques discriminatoires institutionnalisées d’arrestations musclées pratiquées par le NYPD, de manière quasi-systématique, sur les individus noirs et latinos.

En somme, ce procès pourrait faire jurisprudence, dans un sens comme dans l’autre :

Soit la réaffirmation des droits constitutionnels des individus (Equal Protection Clause du XIVe amendement), mais aussi du primat déontologique sur les impératifs de sécurité.

Soit par la multiplication des actions de prévention de type policier, celle-ci requérant logiquement certaines formes de répression.

Par exemple :

-stigmatisation croissante de groupes particuliers ;

-mais aussi de comportements particuliers (suspicious behavior)

-accroissement des mesures de zoning et de quadrillage territorial ;

-entrisme policier dans les groupes violents qui, dans un contexte pré-insurrectionnel, nécessite collusion et collaboration avec certains groupes ;

-difficultés croissantes à distinguer entre la sphère militaire et la sphère policière ;

-accroissement des ressources technologiques civiles et militaires (cameras, drones).

Il n’y a pas lieu de louer le prétendu “libéralisme” de nos sociétés qui, de démocratiques, penchent aujourd’hui pour l’autoritarisme.

La “ville” est devenue progressivement le paradigme d’une nouvelle forme de “guerre” et de délinquance, qui a une valeur symbolique en soi. Protéger la “ville”, c’est protéger le pouvoir : il y a là une image de nature impériale qui doit être collée sur la réalité sociale, pour sciemment la déformer. La “ville”, c’est l’urbs, alter-ego de l’orbs : le siège, le centre, le coeur du système.

On va le répéter : l’Evangile, c’est l’antidote pour toute intoxication de ce type. C’est le rejet de l’Empire, comme de toute image impériale.

Ces images et emblèmes masquent la réalité, ils la travestissent ; ils bloquent la pensée, et interdisent de trouver d’authentiques solutions aux problèmes.