Qu’est-ce qu’un “terroriste” ?

by observatoiretheologicopolitique

1. Le meurtre d’un militaire dans une rue de Londres a soulevé un grand émoi.

En premier lieu, parce que les deux meurtriers ont été filmés, faisant une sorte de déclaration pro-islamiste, en parlant de “leur pays”.

 

Il a été décrit aussitôt comme un “acte terroriste” : qualification reprise par les médias sans autre forme de commentaire.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/meurtre-a-londres-david-cameron-preside-une-reunion-de-crise-23-05-2013-2827859.php

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/05/22/reunion-de-crise-a-londres-apres-un-meurtre-en-pleine-rue_3415632_3214.html

Quelques jours plus tard, un militaire est agressé à Paris, au cutter cette fois. On parle à nouveau d’acte “terroriste”.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/05/31/militaire-agresse-a-la-defense-le-suspect-mis-en-examen_3421893_3224.html

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/05/30/agresseur-de-la-defense-un-homme-poli-et-travailleur-selon-ses-anciens-collegues_3421150_3224.html

Dans le sillage des attentats de Boston, cela fait trois pays touchés par le “terrorisme” en quelques semaines : les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France.

A l’aune de ces évènements, il faudrait reposer deux questions : qu’est-ce qu’un acte terroriste ? Qu’est-ce qu’un terroriste ?

On semble coupés de la réalité. Tentons de la décrypter.

2. Ce sont avant toute chose des actes.

Qu’il y ait du crime, cela ne fait pas de doute. Et du sang aussi.

Qu’il y ait aussi de la “terreur”, ou une volonté de terroriser, pourquoi pas. On veut dire : cela n’est pas exclu. Dans le sens où du point de vue des victimes (le londonien est décédé), il a été terrorisé au moment de l’attaque. Comme les témoins ont pu l’être. Mais du point de vue de la société, cela reste à prouver. Il est inquiétant que des individus puissent surgir, dans la rue, à l’improviste, pour vous attaquer au couteau ou au hachoir ou au cutter. Ou alors il y a terreur générale : les déséquilibrés sont partout. Mais il n’est pas prouver de but en blanc que ses actes soit destiné à terroriser la population.

Ces actes criminels accomplis au moyen d’instruments de la vie courante reconvertis en armes blanches contrastent avec ce que l’on connaissait comme “actes terroristes” : voitures, colis piégés ; attentats suicides. Incognito ; explosion dans un moment de grande affluence ; volonté de faire le plus de victimes, de tuer, de mutiler. Les tués, l’explosion, le bruit, les débris, l’incompréhension, la revendication a posteriori avec cagoules, drapeaux, etc., tout cela contribue à terroriser la population. On se souvient en France : la rue Copernic, la rue des Rosiers, la station saint Michel, la rue de Rennes, etc.

La terreur, elle vient avant tout de l’acte, meurtrier, sanglant, lâche aussi. Le terroriste doit frapper le plus fort possible : tuer le plus de monde, secouer le plus possible l’espace public, le faire exploser, attirer l’attention, retourner l’opinion, la choquer. La terreur est de grande envergure. Terreur et terrorisme lient à la fois les moyens et les fins.

Dans les actes dont on parle, la terreur résulte pas du crime en lui-même : elle résulte, ou elle doit résulter du slogan prononcé par les deux nigérians à Londres : “l’islamisme” au sens large. La revendication politico-religieuse est elle-même terreur. On peut même dire que “l’islamisme” est là, même quand il n’est pas nommé. Le journaliste du Figaro traduit l’arabe “moudjahidine” par “combattant du Djihad” : voilà la traduction-interprétation qui ajoute à un terme laïque la qualification religieuse indispensable et qui va de soi.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/23/01003-20130523ARTFIG00664-les-artisans-terroristes-de-londres.php

3. Là, les autorités publiques et les médias sont aussi responsables de diffuser cette “terreur” et de la décupler. Car ils risquent fortement de transformer eux-mêmes ce qui était une menace (parmi d’autres menaces sérieuses de violence) en terreur. De gestes criminels mais absolument localisés, on agite le spectre de l’islamisme. La terreur n’est plus le fait de l’acte en lui-même mais de sa reprise par les autorités publiques et des médias. Or, les autorités publiques ont le devoir de calmer le jeu et, sans nier ou masquer la réalité, ils doivent en rendre compte sereinement.

On a tous des raisons d’avoir peur : dans la grande ville, sur les boulevards, la nuit tombée, dans les quartiers qui craignent, dans le bus, le métro, le RER, le tram, etc. Celui-ci me regarde bizarrement, un autre me demande une cigarette, encore un autre me bouscule. Mais pas seulement : à la campagne, qui ne rôde pas là-bas dans les fourrés ?

Si la peur accompagne nos vies modernes, la terreur doit désormais prendre le relais. Les autorités publiques et les médias n’auront de cesse de nous faire trembler avec la terreur islamiste, elle doit nous mobiliser. Ne cédons pas à l’appât de la terreur. Si la menace existe, le spectre de la terreur ne doit nous faire perdre nos moyens et notre sens critique.

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